Un régime de travail réellement humain pour les écoliers ?

Je suis tombée sur deux articles sur le site de Paris-Saclay Le Média qui m’ont interpellée aujourd’hui. « Qu’est-ce qu’un régime de travail réellement humain? ». Etienne Klein et Michel Lallement s’expriment à l’occasion d’un colloque qui a eu lieu en juillet dernier au centre culturel international de Cerisy sur cette question.

Et là, je trouve des réflexions qui me font penser à ce que nous cherchons à accomplir à l’école de Grivery. Qu’est-ce que Grivery aujourd’hui? Un lieu où les gens se sentent bien et où la diversité des personnes en présence et l’effort de chacun de se projeter dans le mode de raisonnement de l’autre permet de démultiplier les regards sur la notion de travail scolaire. Un lieu et un temps où chacun s’efforce d’inventer cette activité très subjective qu’il appelle « son » travail.


« Un lieu concret où les gens se sentent bien, où ils peuvent développer leur potentiel de création, d’activité, où ils peuvent aussi coopérer avec qui ils veulent, selon des temporalités qui leur conviennent. Non seulement il y a des personnes d’horizons différents, mais encore il y a une volonté d’ouverture interdisciplinaire. Ce qui oblige à expliciter ce qui en temps normal reste implicite. Et pas simplement en faisant œuvre de pédagogie, mais par un effort de réflexivité, qui se révèle utile pour remettre en cause des choses qui semblent aller de soi tant qu’on reste dans l’entre-soi habituel. Ce n’est certes pas un exercice facile. Cela suppose aussi, quand on écoute un intervenant d’une autre discipline ou d’un milieu professionnel différent du sien, de faire l’effort de se projeter dans son mode de raisonnement, sa méthodologie, son jargon. Cela en vaut cependant la peine car cela permet de démultiplier les regards, en l’occurrence sur cette notion de travail… » Michel Lallement.

« – Compte tenu de l’âge que j’ai, j’ai pu assister à de colossales métamorphoses dans le monde du travail, y compris dans celui de la recherche, notamment cette tendance à l’objectivisation des performances, consistant à sans cesse évaluer ce qui est mesurable, quitte à négliger ce qui ne l’est pas. Pourtant, ce qui est quantifiable n’est pas forcément le plus significatif.

La question de savoir si, au terme d’une journée, nous avons réellement travaillé, se pose à chacun d’entre nous, non sans difficulté, car nous pouvons nous interroger sur ce en quoi consiste précisément l’activité du travail : correspond-elle aux moments où on a l’impression de « faire jouer sa subjectivité dans son rapport au réel », quitte à ne pas accomplir de performances qui soient objectivables ? Autrement dit, est-ce qu’avoir bien travaillé, c’est avoir fait ce qui m’a été demandé dans le temps imparti, avec efficacité, ou est-ce s’efforcer d’inventer cette activité très subjective que j’appelle « mon » travail (je dis « mon » travail, car c’est bien ainsi que les gens désignent le plus souvent leur activité professionnelle) ?

(…)

– Je ne peux clore cet entretien sans solliciter une anagramme… [Sylvain Allemand, le journaliste]

– Pour faire écho au débat auquel ce colloque a donné lieu sur le thème de la performance, je vous propose celle-ci : « les agences de notation » = « la conne gestion de tes A ». Etienne Klein.

Alors que nous pouvons nous faire inspecter du jour au lendemain par des personnes potentiellement fermées à tout ce qui ce joue dans les écoles démocratiques, et qui est de l’ordre du qualitatif et non du quantitatif, nous ressentons une pression et une peur que nous devons accueillir, accepter chez l’autre et combattre. Notre meilleure arme est non-verbale et réside dans notre aptitude à faire de Grivery une école belle et sereine où les enfants viennent avec plaisir s’ouvrir à soi et aux autres et développer des compétences qu’ils sauront être « leur » travail.

A ce sujet, le diagramme du « flow » de Mihaly Csíkszentmihályi en psychologie positive est assez parlant. Le Flow, c’est la rencontre du « challenge » et du « skill ». Les enfants ne s’y trompent pas.

http://www.media-paris-saclay.fr/quel-regime-de-travail-reellement-humain-pour-le-chercheur-entretien-avec-etienne-klein/
http://www.media-paris-saclay.fr/ce-que-les-hackers-nous-disent-du-travail-entretien-avec-michel-lallement/

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